CR 39-16 : ACTION RÉGIONALE EN FAVEUR DU LOGEMENT. DISPOSITIF ANTI-GHETTOS
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Voir le Rapport : CR_39-16 (les temps d’interventions sont limités par une durée proportionnelle à la représentativité dans l’hémicycle)

Vignette_msatouriMounir Satouri

« Je rappellerai d’abord concrètement le sujet dont nous parlons. D’une part, le plafond de revenu pour un PLAI, hors Paris, s’élève à 25 000 euros par an pour une personne seule avec un enfant et à 28 000 euros pour une personne avec deux enfants. Votre rapport tend à dire que la présence de PLAI signifie un ghetto avec une population pauvre, alors que, selon ce rappel, une infirmière avec un ou deux enfants, un gardien de la paix, un pompier, de nombreux cadres moyens travaillant dans les PME franciliennes et de très nombreux artisans dans notre région peuvent être concernés.

D’autre part, il s’agit de votre titre « dispositif anti-ghetto ». Selon Monsieur DIDIER, certains endroits sont des ghettos suite à la construction et à la concentration de logement très social. Par définition, certains endroits n’ont pas de logement social et donc pas de ghettos. Pour lutter contre les ghettos, il s’agit donc de détruire le logement social. Même en renonçant à mes propres valeurs et en vous faisant confiance, je ne peux pas suivre votre logique incomplète. Vous auriez pu être crédible et fidèle à votre engagement de campagne, si ce rapport présentait des mesures concrètes qui obligent les villes manquant de logement social ou très social à en créer, faute d’interrompre vos financements. Dans ce cas, nous aurions pu débattre. En réalité, votre rapport est seulement un rapport anti-pauvres qui habitent les ghettos selon vous. Je trouve cela navrant et choquant pour les élus de la République que vous êtes.

Enfin, nous ne voterons pas ce rapport parce qu’il est discriminant et pointe des quartiers en particulier. Monsieur DIDIER, vos collègues qui ont bénéficié d’aides régionales pour des PLAI auraient pu vous dire s’être servis de ce dispositif pour rééquilibrer le logement social dans leur propre ville. Le logement social ne se concentre pas dans une ville, mais dans des quartiers. Pour créer du logement social, de nombreux maires se servent de financements pour le rééquilibrer sur leur territoire. »

Vignette_bmonvilledececcoBénédicte Monville-DE Cecco

« Monsieur le vice-président, vous avez déclaré dans la presse « vouloir casser les ghettos ». Quelle est cette expression pleine de mépris ? Les Franciliens nous regardent et savent nous écouter. Ces ghettos sont le lieu de vie de beaucoup de nos concitoyens, où ils ont grandi, élevé leurs enfants, vieilli et auxquels ils sont attachés malgré les difficultés rencontrées. Nombre d’entre eux s’engagent à améliorer ces lieux par des actions multiples et quotidiennes, au service de tous les habitants. Avez-vous déjà écouté Grand Mort Malade : « si je rends hommage à ces lieux à chaque expiration, c’est que c’est ici que j’ai puisé toute mon inspiration » ? Etes-vous déjà entré dans un des innombrables centres sociaux où travailleurs sociaux et habitants collaborent pour créer des espaces de partage, de rencontre, de réflexion, de discussion et de loisir et participent activement à la vie de leur cité ? Vous parlez ainsi d’eux parce que vous ne les connaissez pas et certainement parce que vous les méprisez.

Une politique animée par le sens de la justice ne viserait pas à casser les ghettos, mais à soutenir leurs habitants en leur donnant les moyens d’agir et en leur apportant les services publics manquants, de la meilleure qualité possible, afin de corriger au mieux les inégalités considérables de richesse, de travail et scolaires qui les frappent. Vous avez repris les propos de Manuel VALLS, ne voulant pas « ajouter de la pauvreté à la pauvreté », comme s’il était nécessaire de démontrer encore la proximité idéologique qui existe entre vous aujourd’hui.

La pauvreté ne se crée pas par la construction de logements sociaux. En Île-de-France, 25 % des Franciliens remplissent les conditions de revenus pour accéder à un logement très social. En France, on compte 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, 5 millions de travailleurs pauvres et 3,5 millions de sans-abri. Selon la Fondation Abbé Pierre, ce chiffre a doublé en dix ans. Or, ces dix dernières années ont vu une accélération et une amplification considérables des politiques néoconservatrices de restriction budgétaire et la captation massive des revenus du travail par le capital, que vous avez orchestrées à travers la remise en cause progressive des droits des salariés et une baisse considérable de leurs revenus. Monsieur DIDIER, un tel simplisme m’étonne : supprimons les logements sociaux et nous supprimerons les pauvres. Je demande à mon collègue de l’UDI où sont les idéologues. Selon les motifs de votre rapport, les communes carencées en logement social devront se conformer aux obligations de la loi SRU, alors qu’aucun article ne traduit en actes cette intention. La lutte contre la concentration de classes commence là. À quand une politique de déconcentration de classes dans le 16e arrondissement et à Neuilly-sur-Seine ? »