Question Orale à l’exécutif : Charles de Gaulle Express
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Vignette_psernePierre Serne

« Notre question porte sur l’accélération du calendrier du CDG Express. Le projet de liaison ferrée rapide entre l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et Paris a connu récemment une accélération. Le gouvernement a décidé de passer par la voie d’ordonnance pour les expropriations, sans enquête publique pourtant attendue localement. Les craintes et interrogations sont vives et justifiées, notamment sur les impacts locaux de cette future infrastructure. Il y aura également des incidences financières dans toute la région et des difficultés pour la SNCF chargée de ces travaux.

Le partage des voies du RER B nord avec le futur CDG Express inquiète tant les usagers que les élus locaux, toute couleur politique confondue, tels que le maire d’Aulnay ou de Drancy. Les impacts négatifs pour l’exploitation d’un RER, qui compte près d’un million de voyageurs par jour, sont évidents. Même la SNCF s’en inquiète. Des garanties sont attendues par les 900 000 usagers du RER B. Comptez-vous en obtenir ?

À plusieurs reprises, l’État s’est engagé à ce que le projet de CDG Express ne coûte pas un centime d’argent public. Pourtant, l’Autorité de Régulation des Activités ferroviaires et routières (ARAFER) a explicitement interrogé sur le besoin d’un financement public. Qu’en est-il ? Quelle position portez-vous en tant que Présidente de Région et du STIF ?

Nous pouvons déjà nous interroger sur un projet coûtant 1,7 milliard d’euros pour une prévision de 20 000 voyageurs par jour au maximum quand des RER, frisant voire dépassant le million de voyageurs, sont dotés de moins d’investissements par les opérateurs ou les pouvoirs publics. Si, en plus, l’argent public doit être dérivé vers ce coûteux projet destiné à une élite d’usagers, la population francilienne risque, à raison, de crier au scandale.

Enfin, du fait de la rareté de ressource humaine qualifiée de la SNCF, certains travaux sont retardés, faute d’équipe mobilisable. Qu’envisagez-vous pour éviter que la rénovation et la sécurisation du réseau francilien existant ne soient impactées ? Quelle garantie comptez-vous demander à l’État, à la SNCF et à Aéroports de Paris, porteurs de ce projet ? »

La réponse de la Présidente :

« Monsieur SERNE, vous connaissez depuis longtemps notre désaccord sur le projet CDG Express. Je n’oppose pas ce projet de liaison directe aux aéroports, à la rénovation du RER B. En tant qu’élue du RER B, puisque ma circonscription était celle de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, je connais la difficulté quotidienne des centaines de milliers d’usagers du RER B.

En revanche, je pense que la création d’une ligne express desservant l’aéroport de Roissy soulagera considérablement la ligne de RER B. Plus de 450 colis abandonnés chaque année dans cette ligne font l’objet de très longues procédures dans le cadre du Vigipirate rouge, nécessitant une évacuation de la rame et l’intervention de démineurs. En réalité, la plupart de ces colis sont des bagages oubliés par des personnes venant de Roissy. Le sujet est donc simple : il n’est pas question des transports du quotidien d’un côté et des transports des privilégiés de l’autre côté comme vous tentez de le faire croire. Il est question de la volonté ou non de soutenir un projet de desserte directe de Paris à son aéroport international.

La Région financera la poursuite de la rénovation du RER B. Nous évoquerons très rapidement ce sujet au Conseil du STIF. C’est la mission de la Région et dans laquelle elle investira son argent. Elle n’a pas les moyens de participer au financement de CDG Express. Néanmoins, la Région soutiendra ce projet et aidera à trouver les financements nécessaires à sa réalisation. Il peut s’agir de financements européens. Nous étudions par exemple l’apport de fonds du plan d’investissement d’avenir européen à cette liaison.

Tous les grands pays en Europe et dans le monde prévoient des liaisons directes avec leurs aéroports et l’accès à leur technologie ferroviaire à proximité, pour l’usage des investisseurs et des touristes. Vous connaissez comme moi le Maglev à Shanghai, le train de Stockholm, la situation de Heathrow ou de Cheremetievo. L’Île-de-France reçoit 32 millions de touristes, c’est-à-dire plus que le Royaume-Uni en un an. Cette industrie est extraordinairement créatrice d’emplois. Nous devons absolument offrir à nos touristes une desserte de la capitale en ligne directe. Le CDG Express placera Paris à 20 minutes de Roissy. Ce sera une formidable occasion d’attirer plus d’investisseurs et de touristes sur notre territoire et d’y créer de la richesse.

Monsieur SERNE, je partage néanmoins votre souhait quant à l’exemplarité de ce projet au niveau écologique. Nous devrons traiter un certain nombre de sujets avec les élus de Paris ou de Seine-Saint-Denis. Le vrai progrès écologique de ce CDG Express réside dans la diminution des voitures sur l’autoroute. Actuellement, les personnes ne souhaitant pas emprunter le RER B utilisent leur voiture. Vous sachant très attaché à la qualité de l’air, je vous renvoie à la conférence sur l’air, que nous organiserons avec Chantal JOUANNO dans un mois, pour discuter des opportunités de non-réalisation d’une telle infrastructure. »